Urubu Noir (Coragyps atratus)

Ici, au Panama, ils sont partout présents, villes et leurs abords, villages, rives de fleuves, plages et îles, seule la dense forêt ne convient pas à leur vol d’envergure. C’est le premier oiseau qui vient intriguer la curiosité des visiteurs du pays, tout le monde n’est pas ornitho émérite, les questions fusent : – C’est un aigle ? Pas exactement, c’est un vautour. Comment le nomme-t-on ? La population panaméenne l’appelle le Gallote ou le Gallinazo*1. Les scientifiques l’ont baptisé Coragyps atratus et placé dans la famille Cathartidae.

Photo d'un Urubu noir faisant sécher ses ailes posé de face sur un mur
Au lever du soleil, cet Urubu noir est en recherche de chaleur

Comme il n’est pas particulièrement farouche, on va pouvoir l’approcher de près, par exemple lors de la visite d’un fort à Portobelo, et le pauvre charognard aura alors droit à quelques commentaires désobligeants que l’on pourrait résumer par :
– Oh ! Qu’il est laid ! Personnellement, il me fait plutôt penser à quelques personnages des tribunaux d’Angleterre affublés de leurs perruques à crans. La comparaison s’arrêtant ici, je ne tiens pas à faire d’autres liens de ressemblances pour ne pas affliger ces braves magistrats emperruqués ou manquer de respect à notre utile volatile charognard.

Un montage photo avec un Urubu noir et une caricature
Un Urubu noir et une caricature

Utile, certes il l’est. Ses escadrilles sont les indéniables auxiliaires des services de nettoiement du Panama, qui sont parfois, il faut le dire, un brin déficient. L’éboueur à plumes, cousin éloigné de nos grands planeurs pyrénéens ou alpestres, va suivre à peu de choses près le même rythme quotidien. Après s’être bien réchauffé les rémiges aux premiers rayons de soleil, en bande ils s’élèvent vers l’azur, leur mirador préféré*2. Hissés au point limite de leur exceptionnelle acuité visuelle, ils s’adonnent à d’inquiétantes spirales d’observation, portés par de complices courants ascensionnels. Pas la moindre petite charogne ne peut échapper à leur regard laser. Pour faire disparaître un cadavre en quelques minutes, les « nettoyeurs » de nos thrillers cinématographiques trouvent ici de fameux concurrents, à peine s’ils vont laisser quelques os qui finiront de blanchir au soleil. Le Gypaète barbu n’est pas là pour les supplanter au sommet de la chaine alimentaire locale et effacer ces dernières traces des agapes de ces voraces volatiles.

Photo d'un groupe d'Urubus noirs se partageant la carcasse d'un animal mort au bord d'un ruisseau.
Les bons nettoyeurs se partagent la carcasse d’un animal mort.

Il aime aussi à fouiller les décharges publiques autorisées ou sauvages, ces dernières ne manquent pas, et ne néglige pas les zones urbaines. Leur présence est notoire dans la capitale, leurs postes d’observation faisant parfois preuve d’irrévérence, les statues religieuses et même le Palais Présidentiel se passeraient bien de l’accumulation de leurs fientes… Le petit côté « fil télégraphique de Lucky Luke » doit donner des frissons à quelques éminences religieuses ou politiques, sûr que notre regretté Brassens en eut écrit quelques succulentes strophes.

Photo de plusieurs Urubu noir perchés sur des statues et monuments
Dans la ville de Panama, ils sont partout, comme des vigiles

Suivant l’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », en cas de disette, suite à un défaut de propices cadavres, il n’hésite pas à tuer lui-même. Pourront en faire les frais quelques jeune héron, un canard sauvage ou domestique, un veau nouveau-né ou encore de petites tortues en bord de mer. En dessert une petite douzaine d’œufs ou de fruits bien pourris ne le rebuteront pas.

Photo d'un groupe d'Urubus noirs, l'un au soleil, les autres à l'ombre, sur un mur
Un petit malin a su trouver l’endroit pour profiter des premiers rayons de soleil

Pour l’observateur lambda, cela ne crève pas les yeux, mais les scientifiques notent qu’à l’instar de ses congénères du monde entier la population de ce vautour est en diminution. Ceci, suite aux effets d’accumulation dans leur organisme des polluants de nos cultures et de nos déchets.

Photo de dos d'un Urubu noir faisant sécher ses ailes posé sur un mur
Après une nuit humide, un Urubu noir fait sécher ses ailes

Petite incursion dans sa vie privée : Urubu est monogame à vie et sa femelle pond une fois par an, déposant un ou deux œufs dans le creux d’une souche, parfois à même le sol. La couvaison dure de 38 à 42 jours. Les jeunes s’envoleront deux mois environ après l’éclosion et peuvent espérer vivre de vingt à trente ans. Adultes, ils mesureront en moyenne 65 à 70 cm et leur envergure atteindra 1,80 m.
  Il est tellement présent dans la vie quotidienne des Panaméens qu’il fait aussi partie de certaines manifestations folkloriques ancestrales telles que les défilés de la fête du Corpus Christi de la Villa de los Santos. Voir l’anecdote évoquée comme origine de la Danza de los Gallinazos dans cet article de mon blog sagapanama.fr.

Photo d'un Urubu noir sur une muraille du fort historique de Portobelo
Sur une muraille du fort historique de Portobelo

Pour terminer, précisons que l’Urubu noir a quatre cousins présents au Panama dont le plus connu est le Zamuro à tête rouge, appelé aussi Galote, c’est l’Urubu a tete rouge (Cathartes aura). A part la couleur de leur tête il est difficile de les différencier surtout de loin. Ils partagent territoires et mœurs de vie. Le Zamuro est beaucoup moins fréquent.

Photo d'un Urubu à tête rouge posé sur une clôture devant la Mer des Caraïbes
Un Urubu à tête rouge au soleil devant la Mer des Caraïbes
Photo de quatre Urubus noirs sur un dôme de briques
Au sommet d’une guérite dans un fort historique de Portobelo
Photo d'un Urubu noir réchauffant ses ailes face à un mur ancien ensoleillé
Il réchauffe ses ailes face a la muraille ensoleillée dans un fort historique de Portobelo
Photo d'un Urubu noir profitant des premiers rayons de soleil pour se réchauffer
Les nuits sont parfois fraiches et humide, les premiers rayons de soleil sont appréciés…
Photo portrait d'un Urubu noir
Portrait

Notes :
*1- On peut traduire par grosse poule
*2- Il plane en vol d’observation à environ 2800m d’altitude

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